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Noël en famille DIOLA

Une halte à Ziguinchor, “capitale” de la région Casamance, petite ville sur le bord du fleuve du même nom “Casamance”, avec aussi son quartier colonial , ses anciennes maisons de commerce d’un rouge passé, et point de départ pour visiter les chapelets de village qui jalonnent les pistes de la casamance jusqu’à Cap Skirring sur la façade Atlantique. .

Ziguinchor est aussi le fief de l’opposant politique Ousmane Sonko, actuellement emprisonné pour des motifs incertains. Les élections présidentielles sont prévues pour février 2024, et des manifestations ont éclatées à Dakar et à Ziguinchor en octobre dernier suite aux décisions d’emprisonnement de leur leader.
Tous les sénégalais que nous rencontrons se disent fatigués du régime politique actuel, corrompu, peu soucieux d’améliorer leur quotidien, qui laisse sombrer le pays depuis longtemps et assiste au départ de leur jeunesse du pays sans aucune action pour les retenir.
Ce sont les jeunes qui ont mis beaucoup d’espoir dans une perspective de changement.
En tous les cas, ici en Casamance, le manque de touristes à cause de ces élections et de l’instabilité qu’elles pourraient amenées est significatif.

Plus riant comme sujet , je vous propose un détour par la magie botanique avec la fleur de bananier. Je n’ai pas tout compris aux explications de wikipedia sauf que c’est un peu un miracle de la nature si nous mangeons des bananes ! Car en plus que ce soit joli, la maturité de ce fuit est ultra complexe !

La fleur est au bout du régime de bananes, chaque “pétale” s’ouvre doucement et dedans les tiges jaunes vont devenir les bananes! Le bananier, contre les idées reçues, est une plante herbacée, et non un arbre . …

Nous sommes donc en Casamance pour les fêtes de fin d’année, qui sont bien suivies ici .Le peuple Diola est composé d’animistes, de chrétiens et de musulmans et sont prêts a fêter toutes les fêtes du calendrier. Peuple chaleureux, ancré dans les traditions et d’une très grande gentillesse à notre encontre.

Le 24 décembre nous partons en direction d’Oussouye et d’ Edioungou . Nous recherchons ce village car nous avons appris qu’il y avait des potières , qui utilisaient une technique ancestrale spécifique pour faire des objets utiles pour la vie courante . Des jarres et des pots, avec la particularité qu’ils sont complètement étanches pour conserver les liquides et suffisament forts pour résister au feu. Leur production est donc bien spécifique.

Nous découvrons Evelyne , potière de mère en fille . Quand Evelyne est trop fatiguée , ce sont les hommes qui partent chercher l’argile dans les rizières et la charge sur les pirogues. Pas n’importe quelle argile car il ne faut pas qu’elle soit trop salée et depuis quelques années la salinité augmente.
L’argile est rincée puis ensuite séchée, puis battue, et pilée. Elles est ensuite tamisée.

Evelyne forme un puit, met de l’eau au centre et malaxe en boules qu’elle va également laissées sécher.

A cette argile s’ajoute de la poussière issue de coquillages également pilés très finement. La préparation de cette matière première est TRES IMPORTANTE pour la future solidité et étanchéité des produits.

C’est la fille d’Evelyne, Betty ,sourde et muette qui aide sa mère pour piler argile et coquillages.

Elle foule l’argile qu’elle va utiliser avec les pieds pour finir d’enlever toutes les bulles d’air qui a la cuisson feraient casser le produit.


Puis c’est la création artistique de l’objet, la confection des pièces peut, à proprement parler, démarrer.

Evelyne ne travaille qu’avec des outils artisanaux, des spatules et bâtons en bois de différents formes pour chaque étape.

La cuisson se fait directement sur le sol ,sans four, environ 72 heures, à l’aide de branches de palétuviers, de palmiers et de roniers .

le pot, une fois cuit et reposé pendant 24 à 72 h suivant les saisons humides ou sèches, elle va l’enduire d’un vernis fait maison à base du fruit de Mayor et de la latérite. La pomme de Mayor est acérée pendant 3 jours et donne la colle-vernis et la pierre de latérite, réduite en poudre donne la couleur rouge brique

Cette activité de poterie a beaucoup souffert du coronavirus avec la fermeture des hôtels et des complexes touristiques ( Le club med est installé à 30 kms et pas mal d’hôtels sont autour sur l’océan).

En basse casamance, les villages sont organisés en minuscules royaume avec des rois et des princes, garants de la culture locale. Des bois et forêts sacrés où se perpétuent des rites diolas , présentés comme éducatifs entre père et fils et qui restent secrets…. pour tous ceux qui n’y participent pas.

La famille d’Evelyne nous a invité á partager le repas de fête de Noel . Avec ses 2 filles, son mari, son petit fils , et ses nièces et neveux .
Pas d’electricite chez Evelyne ni d’eau courante.
Les enfants ( entre 12 et 6 ans ) nous ont étonnés, solidaires entre eux, respectueux des adultes. Pas de caprices et des “moi je veux” , pas de jouets non plus..mais de la complicité . La grande attraction est leur téléphone portable et une petite enceinte pour diffuser la musique sur laquelle ils dansent.

Nous avons juste un peu regretté de ne pas avoir eu l’occasion de discuter plus avec les femmes qui étaient toute la soirée en préparation de la cuisine , (2 poulets arrivés vivants ont fini dans notre plat ! ) Nous étions surtout avec le mari d’Evelyne. Le patriarcat est bien vivant encore en Afrique noire, les femmes et les enfants sont restés manger vers la cuisine

La cuisine (derriére Kees) est une sorte de petit poulailler grillagé pour empêcher chiens et biquettes de venir, avec un toit en tôle ondulée à 1m50 du sol, où tout se prépare dans le noir et avec de la chance, au clair de lune: plumage des poulets, coupe des légumes, cuisson avec 2 feux au charbon de bois .

Nous avions apporté nos lampes baladeuses qui ont été les bienvenues et quelques produits typiques Europe, gâteaux d’apéritifs et sirop de grenadine, les enfants ont adoré.

Apres le repas nous sommes allés écouter de la musique . Autre expérience de se promener la nuit accompagnés de locaux .. Les regards portés sur nous sont différents et on avait l’impression d’être un peu plus à la maison.

Le lendemain , jour de Noel, quelques enfants et mères sont parties à pied à l’église ( 3 kms ) et pendant ce temps, nous avons pris le café accompagné d’huîtres cuites et frites , (voila voila !)

Nous avons repris notre vie de nomades et laissé cette famille qui manifestement lutte pour s’en sortir. Evelyne n’a pas une santé au top , et c’est à elle de s’occuper de sa famille élargie, (depuis que ses parents sont morts) . Nous avons ressenti de la douce résignation et une certaine lassitude chez cette femme , qui se dissipent fort heureusement quand on parle de la future fête du village dans 5 jours.

Nos pas nous ont amenés chez Jo pour visiter une production de noix de cajou à Ségaléne. Sans guide , c’est toujours sportif de chercher un lieu malgré le gps . Demi-tours garantis , arbres trop bas pour laisser avancer Cojo , discussion avec les locaux …
et le plaisir d’arriver !!

Ca c’est l’arbre des noix de cajoux et de la pomme de cajou. La noix est accrochée sous la pomme .

Puis les noix avec leur coques sont bouillies dans les chaudrons ( Ça enlève une toxine impropre à nos organismes) puis on enlève la coque qui est dure et collante. une a une !!

puis entreposées à plat pour plusieurs de cuisson dans un four à bois.

Plus qu’à se régaler…

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